En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies destinés à améliorer la performance de ce site et à vous proposer des services et contenus personnalisés.

X

De l’importance des méta-organisations

 

Ce projet de recherche est mené dans le cadre de sa thèse par Héloïse Berkowitz (HEC, doctorante à l’École polytechnique) et son directeur de thèse, Hervé Dumez (CNRS). Marcelo Bucheli (Urbana-Champaign) a participé à l’écriture d’une communication et d’un article sur le sujet.

 

 

Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Nous sommes entourés de méta-organisations : la FIFA, le MEDEF, la CGT, etc. Les méta-organisations sont des organisations dont les membres sont des organisations. L’expression « méta-organisation », en ce sens précis, a été proposée par deux chercheurs suédois, Göran Ahrne et Nils Brunsson. Leur livre sur le sujet, paru en 2008, a ouvert un champ de recherche nouveau, même si des méta-organisations avaient bien sûr fait l’objet d’études de la part de chercheurs en science politique ou en sociologie dans le passé. Les méta-organisations sont aujourd’hui l’outil utilisé par les entreprises pour gérer collectivement les problèmes auxquels elles doivent faire face, comme ceux de leur responsabilité sociale ou du développement durable.

Nous avons mené la première étude exhaustive du rôle des méta-organisations dans un secteur industriel, l’industrie pétrolière. Elle a montré qu’on trouve une méta-organisation représentant les firmes pétrolières dans chaque pays (même le Luxembourg en a une). Mais, il est aussi apparu que des méta-organisations permettaient de traiter des problèmes particuliers : environnementaux, comme les fuites de pétrole, ou sociétaux comme les droits de l’homme ; que ces méta-organisations pouvaient se situer au niveau du secteur lui-même, mais aussi au niveau infra-sectoriel (certaines concernent seulement l’amont, ou l’aval), au niveau supra-sectoriel (l’énergie), ou même cross-sectoriel (des clubs d’entreprise regroupant des firmes de divers secteurs, dont quelques pétroliers).

La méta-organisation comme outil d’action collective est donc un instrument souple et varié, qui repose sur un paradoxe. Dans la mesure où elle ne peut agir qu’avec un consensus de ses membres, dans la mesure aussi où elle ne dispose pas de moyens coercitifs, la méta-organisation semble être un instrument lourd et peu efficient. Pourtant, le volontariat peut être plus efficace qu’on ne le soupçonne. Et, surtout, les méta-organisations ont trait à la question de la réputation qui est aujourd’hui une donnée importante pour la gestion des entreprises (ne pas appartenir à une méta-organisation, ou sortir d’une méta-organisation, peut entraîner des coûts élevés en matière de réputation, être à la base de la création d’une méta-organisation faisant un travail visible, par exemple en matière d’environnement, peut au contraire générer des bénéfices réputationnels pour une firme). Ce qui explique que des méta-organisations se créent quasiment tous les jours et que si certaines sommeillent, peu disparaissent et beaucoup sont actives, dans des domaines très différents.

Quelles évolutions voyez-vous pour ce projet ?

Un article sur les méta-organisations comme instrument d’action collective des firmes va sortir dans le prochain numéro de l’Année sociologique, la revue créée par Durkheim. Une communication a été présentée à Euram 2015 (Varsovie). Des papiers ont été soumis au Journal of Business Ethics et à la European Management Review. Un track EURAM 2016 est présenté par Héloïse Berkowitz, Nils Brunsson, Hervé Dumez et Christina Garsten.

 

Propos recueillis par Marie-Claude Cléon