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Sobriété numérique et urgence climatique

 
L’actualité nous le rappelle, jour après jour, les prévisions concernant l’avenir du climat sont bien sombres. Il apparaît de moins en moins probable que l’humanité réussisse à s’affranchir des conséquences lourdes de ce changement climatique en préservant son modèle de croissance. Si la science et la technologie sont mobilisées pour tenter de fournir des solutions, elles ne pourront, à elles seules, enrayer le développement des scénarios catastrophes. Il semble de plus en plus probable que nous soyons inéluctablement confrontés à l’exigence d’infléchir nos modes de pensée, de modifier notre façon de vivre et nos pratiques professionnelles. Nos métiers du numérique n’échapperont pas à cette exigence.
 
Selon un récent rapport de "The Shift Project", le numérique, au sens large, est déjà responsable de près de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), soit plus que le transport aérien. En 2025, s’il reste sur cette trajectoire, le numérique émettra près de 8% des GES, autant que le transport terrestre. Cette situation n’est pas acceptable, et nous devons tous, collectivement et individuellement, prendre conscience de l’impact environnemental et climatique de nos usages numériques tant personnels que professionnels.
Il est nécessaire d’analyser la situation avec une grande attention car elle révèle plusieurs constats paradoxaux. Tout d’abord, l’explosion des usages numériques, avec toutes ses conséquences en termes d’émissions de GES, est principalement le fait des particuliers, et non des entreprises, notamment avec la consommation croissante et massive de services de vidéos en streaming. Netflix, par exemple, préempte environ 15% de la bande passante mondiale, et YouTube environ 13%. Ensuite, il est peu de domaines technologiques ayant réalisé, au cours du temps, de tels progrès en matière d’efficacité énergétique. Sans avoir fait les calculs, mais en ordre de grandeur, nous pourrions parodier la loi de Moore de la manière suivante : à puissance de calcul constante, la consommation énergétique est divisée par 2 tous les 2 ou 3 ans. Mais la croissance exponentielle de la production de données, et leur stockage, masque les effets de cette efficacité énergétique globale en constante amélioration. Par ailleurs, avec le développement du cloud public, le lien entre le territoire d’usage des services numériques et le territoire de leur consommation énergétique est de moins en moins évident à appréhender, ce qui introduit un facteur de complexité supplémentaire pour la prise de conscience des enjeux de sobriété numérique. Enfin, et ce paradoxe n’est pas le moindre, les solutions de transition énergétique, telles que les smart grids par exemple, requièrent une intensité croissante en technologies numériques.
L’écosystème numérique devra, dans les années qui viennent, opérer sa révolution énergétique au service du climat. Il ne pourra se contenter d’une posture qui relève aujourd’hui, pour l’essentiel, du greenwashing, ou écoblanchiment en bon français. Nous devons collectivement faire émerger un numérique durable et responsable face aux enjeux écologiques et climatiques. Le Cigref entend y prendre sa part. C’est la raison pour laquelle le Conseil d’administration du Cigref a décidé de lancer pour le cycle de travail 2019/2020 un groupe de travail sur la sobriété numérique.
  
Henri d'Agrain
Délégué général du CIGREF