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Les bonnes pratiques pour des visioconférences moins énergivores sur smartphone

 
Par Marc Bidan -
theconversation.com
Avec le confinement, les séances de visio et d’audioconférences, notamment sur smartphones, se multiplient. À titre d’exemple, l’application Zoom, malgré les controverses sur ses failles de sécurité et de confidentialité, a vu ses utilisateurs multipliés par 20 en trois mois. En réponse, l’application de visioconférence professionnelle de Google (Meet) devient gratuite pour tenter de séduire le milliard d’utilisateurs de Gmail.

En cette période inédite, nos comportements numériques ont changé. Ils ont des effets immédiats sur la surchauffe des réseaux numériques et la surcharge des serveurs informatiques des applications. Cela impacte donc aussi la qualité et la stabilité des réunions virtuelles.

Dès lors, si l’offre d’applications est actuellement pléthorique, tous les systèmes ne se valent pas au niveau de leur consommation énergétique.

 

L’explosion des réunions virtuelles

Les déplacements fortement limités par le confinement et la montée en puissance des solutions techniques proposées encouragent mécaniquement l’usage des salles virtuelles, rencontres électroniques, collaboration en ligne, partages d’écran et autres pratiques de conférences vidéo et audio.

Celles-ci ont vu leur sollicitation et leur utilisation fortement croître depuis le confinement imposé à la moitié de l’humanité. L’usage de l’application WhatsApp a, par exemple, quintuplé.

Depuis le début du confinement, le télétravail a été multiplié par 7 (le trafic voix et le trafic visio ont doublé également) selon une déclaration de Stéphane Richard, le PDG d’Orange, fin mars 2020. Ces données visaient à rassurer les utilisateurs sur la robustesse des réseaux, câbles et interconnexions en France en cas de forte sollicitation.

 

De Whereby à Zoom… 9 outils testés

L’usage des solutions de téléconférence est de plus en plus simple et intuitif. Il s’agit en général de se connecter – de préférence via un réseau wifi ou 4G/5G – à une plate-forme ou une application pour rejoindre une réunion cible. Vous y assistez en tant qu’animateur, invité ou participant ; vous pouvez intervenir en activant le micro, la caméra, le partage d’écran (consistant à projeter l’image de son écran pour en partager le contenu – comme des présentations – avec les autres) et de clavier grâce à des fonctionnalités de plus en plus inventives.

La pratique n’est toutefois pas anodine et pose de nombreuses questions. En matière de sécurité et de stockage des données échangées ; de confidentialité et de contrôle des accès ; d’analyse d’impact relative à la protection des données (AIPD) (tache trop souvent baclée) ; de facilité d’usage et également de consommation énergétique.

C’est ce dernier aspect qui nous intéresse ici.

Des tests récents, pilotés par l’entreprise nantaise Greenspector, ont permis d’y voir plus clair en procédant à divers calculs sur les caractéristiques techniques et énergétiques des applications parmi les plus mobilisées en ce moment.

Nous avons comparé la consommation de différents outils : Whereby, Webex (by CISCO), Skype, Zoom, JITSI, Teams, Tixeo, Infomaniak Meet et GoToMeeting, quand elles sont utilisées sur smartphone.

Les tests soulignent que si certains systèmes sont plus gourmands que d’autres en énergie, nos comportements jouent également beaucoup sur la dépense.

 

La mesure de la consommation

Le travail de mesure de consommation énergétique a été effectué grâce à l’outil Greenspector Test Runner sur les applications déployées sur un smartphone S7 (Android 8).

Ces évaluations ont été réalisées à partir de trois types de scénarios donnant lieu à des tests manuels de 1 minute.

Le premier scénario est celui d’une conférence audio entre deux personnes ; le second, celui d’un échange audio et vidéo entre deux personnes également ; le dernier, celui d’une conférence audio avec la fonction partage d’écran activée (tableau blanc, annotation, etc.) et la caméra désactivée.

Les moyennes sont issues de trois mesures homogènes avec des consommations relevées au travers d’un réseau wifi. Notons qu’elles peuvent être tout à fait éloignées des consommations relevées sur un ordinateur portable relié à un réseau filaire qui serait beaucoup moins énergivore.

 

Limiter l’usage de la vidéo

En matière de consommation d’énergie (mAh), le test a montré que pour l’ensemble de ces applications, elle est en moyenne 2,25 fois plus importante quand on ajoute la vidéo à l’audio. Elle bondit de 14 % lorsqu’on couple le partage d’écran à l’audio. Il convient donc dans l’idéal de se contenter de la voix, sans caméra ni partage d’écran.

GoToMeeting apparaît être la moins énergivore, suivie par Zoom (+10 %) et Webex (+12 %).

Consommation d’énergie des applications de visioconférence.
Consommation d’énergie des applications de visioconférence.

Consommation d’énergie des applications de visioconférence. Greenspector, Leboucq et Bidan

En ce qui concerne les données échangées, le test a mis en lumière que la consommation de ces applications est en moyenne 12 fois plus importante quand on active la caméra. De même, elle bondit de 51 % lorsque l’on ajoute le partage d’écran à l’audio.

Il semble nécessaire, là encore, d’éviter le partage de la vidéo et de limiter nos partages d’écran pour réduire les échanges de données sur les réseaux. Le test a également montré que le mode optimisé JITSI – permettant d’activer une faible bande passante – ne semble pas produire une réelle réduction de cet « impact » (33,4 Mo/minute).

Dans l’ensemble, GoToMeeting et Webex apparaissent comme les deux applications les plus économes en données.

Quant à la projection des données mesurées en impact carbone (gEqCO2), ce comparatif a mis en lumière qu’une visioconférence sur smartphone est 3 fois plus lourde pour l’environnement lorsqu’on choisit d’ajouter la vidéo à l’audio. Avec un seul partage d’écran, cet impact ne croît que de 20 %.

Skype et Teams apparaissent en la matière comme de bons élèves. L’impact carbone est plus faible pour Skype grâce à son empreinte en données, mais Teams consomme moins d’énergie. À l’inverse, JITSI et Infomaniak Meet se font remarquer avec des résultats médiocres.

À titre plus anecdotique, l’usage de certaines applications peut être optimisé sur smartphone. Ainsi, la version TIXEO-optimisée (qui vient d’être primée par la CNIL pour son authentification forte) peut réduire significativement sa dépense énergétique en mode audio et vidéo.

A contrario, Zoom (très utilisée actuellement dans le cadre du télétravail) sollicite lourdement le smartphone avec une notification de surconsommation de batterie apparue à plusieurs reprises lors des mesures in vivo. Fait regrettable, car, contrairement à l’ordinateur ou à la tablette, il est compliqué de paramétrer une qualité vidéo réduite sur smartphone.

 

Quelles solutions et attitudes post-confinement ?

Le confinement a montré combien les utilisateurs pouvaient être inventifs, exigeants, et prescripteurs d’applications. Les entreprises vont devoir s’adapter et intégrer ces systèmes que leurs employés-utilisateurs se sont appropriés, chez eux, au fur et à mesure de l’interpénétration des sphères personnelles et professionnelles.

Des réseaux de communications majeurs dans la sphère personnelle et professionnelle – comme Facetime, WhatsApp ou Messenger – n’ont pas encore été testés dans le cadre de cette recherche. De même, des applications très originales comme Discord quittent les communautés de joueurs pour séduire le grand public et les enseignants. Elles seront prochainement testées tant leur adoption est aujourd’hui massive et leur appropriation rapide.

À ce stade toutefois, les attitudes les moins énergivores consistent à couper la caméra – une fois les présentations de courtoisies effectuées en début de réunion – pour privilégier l’audio et le partage d’écran et ses riches fonctionnalités (fenêtre spécifique, outils d’annotation, tableau blanc, segmentation de l’écran) comme sur Zoom, Teams ou même Google Meet.

Pour choisir la meilleure solution, il est également possible de se fonder sur les outils de visioconférence validés et présentés dans la liste du Socle interministériel des logiciels libres (SILL). Il s’agirait ainsi de privilégier des solutions dont le code est accessible.

Le choix de l’application et les comportements de consommation vont en effet de pair dans le combat contre l’empreinte environnementale de nos écosystèmes numériques. Les mesures de sortie de confinement annoncées marquent notamment la volonté de poursuivre le recours massif au télétravail et donc aux téléconférences. Il faudra, dès lors, continuer à adapter à la fois nos solutions et nos attitudes !